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Archive for avril 2016

Sur l’évaluation d’oeuvres

20 avril 2016 Laisser un commentaire

Vous êtes nombreux à nous écrire pour nous demander d’évaluer des oeuvres sculptées par Médard Bourgault, ou qui pourraient l’être, voire même par d’autres sculpteurs. Souvent il s’agit de pièces acquises il y a plusieurs dizaines d’années par des parents ou des amis.

Bien qu’une telle évaluation soit possible, il faut bien comprendre que la Maison Médard Bourgault ne peut offrir des services professionnels en ce domaine car nous n’en avons pas l’expertise. Le marché de l’art est très complexe et dépend principalement de caractéristiques sociologiques difficilement controlables, etc.

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Voice of fire, Barnett Newmann, 1967. Coll. National galery of Canada

Soyons honnête! Nous ne sommes pas compétent dans ce genre d’évaluation. Ce n’est pas notre tasse de thé. Ce que nous pouvons faire, par contre, c’est vous confirmer, au meilleur de notre connaissance, si l’oeuvre que vous détenez est bien de Médard Bourgault (ou d’un proche) et, si vous tenez à obtenir aussi une estimation de sa valeur monétaire, nous pourrons tenter de voir combien la production d’une pièce à peu près semblable vous coûterait aujourtd’hui. Ce ne sera donc jamais qu’une évaluation technique de l’oeuvre en tant qu’objet, pas une évaluation de la valeur marchande d’une oeuvre d’art.

La qualité technique d’une pièce a bien peu à voir avec la valeur monétaire qu’on lui attribue. Par exemple, le peintre américain Barnett Newman (1905-1970) a peint des tableaux quasiment monochromes, mais qui valent des millions de dollars, et ce même si ces toiles auraient techniquement pu être réalisées à l’aide d’un rouleau jetable et d’un litre de peinture disponible au quincaillier du coin.

C’est la réputation de Newman, sa démarche intellectuelle, son réseau d’amis et de riches commanditaires, son prestige dans l’univers artistique new-yorkais, perçu au courant des années 40 et 50 comme le centre culturel du monde occidental, qui l’ont hissé, lui et ses oeuvres, à son niveau de reconnaissance actuel, à savoir qu’il est présent dans les plus grands musées du monde, et que ses toiles ornent les résidences des 1%.

Médard Bourgault a aussi, en son temps, dans son contexte et à son échelle, joui d’une telle visibilité médiatique dans les années 40 et 50, mais cette réputation artistique s’appuyait principalement sur le support moral et l’influence sociale du clergé, qui jouait ici le rôle des millionaires et des galeristes new-yorkais de Newman. Comme le clergé n’est plus depuis longtemps une force déterminante de la société québécoise contemporaine, la « valeur » de Médard Bourgault dans le marché de l’art est donc difficile à établir. Pour y parvenir, il faudrait se fonder sur la valeur de pièces similaires ou comparables ayant été vendues récemment, ce que seul un marchand d’art serait en mesure d’établir de façon professionnelle et suffisamment fiable.

Or nous ne sommes pas des marchands d’art. Nous sommes bien sûr toujours heureux que vous nous écriviez, mais ce que nous saurons vous dire ne sera jamais qu’une estimation des coûts de production aujourd’hui d’une pièce similaire.

 

La maison de mon père (nouveau livre)

11 avril 2016 Laisser un commentaire

Si vous cherchez un cadeau original à offrir à un amateur d’art et plus particulièrement de sculpture, c’est ce livre que vous devez offrir. Il s’intitule « La maison de mon père ».

Il a été écrit par André-Médard Bourgault, le fils du premier sculpteur sur bois de Saint-Jean-Port-Joli, Médard Bourgault (1897-1967). Les magnifiques photographies sont de François Gauthier.

L’ouvrage de 178 pages, illustré de 265 photos, décrit en détails les quelque 250 œuvres que contient la maison de l’artiste. C’est à la fois un catalogue illustré et un rappel truffé d’anecdotes de l’âge d’or de la sculpture sur bois sur la Côte-du-Sud du Saint-Laurent.

L’ouvrage est en vente à la Maison Médard Bourgault, 322 De Gaspé O., St-Jean-Port-Joli, Qc. au coût de 49,95$ (45$ / membre).

Assemblée générale 2016

11 avril 2016 Laisser un commentaire

L’assemblée générale de la corporation MMB aura lieu le samedi 23 avril 2016 prochain à 14h00.

Mettez vite cela à votre agenda.

Intéressé-e à participer? Contactez-nous au plus vite.

Autour d’un monument

11 avril 2016 Laisser un commentaire

Le texte suivant est un extrait d’une longue réflexion par Jean-Raymond Bourgault, fils aîné de Médard. Il a pour déclencheur un monument dressé par la famille (enfants et petits-enfants) à Médard Bourgault à côté de la maison dans les années 90. Le texte comporte deux volets : le « miroir réaliste », présenté ici, et le « miroir idéaliste avec l’éloignement du temps ».

J’ai  l’impression d’être devant deux miroirs. Le premier qui projette une image réaliste : J’ai vécu 29 ans à la maison à le côtoyer, à le voir agir avec ses faiblesses et ses grandes qualités, avec ses points défaillants et ses points pleins de solidité.

L’autre miroir avec l’éloignement du temps, il y a ce miroir idéaliste.

Mon père, m’a toujours paru comme un grand rêveur, ce côté m’est bien connu à cause de ma propre tendance au rêve et au sentimental. Est-ce un défaut?

Père, non seulement était rêveur, mais il était idéaliste pour certain domaine, l’art entre autres. Cela lui a joué des tours, même des déceptions. Père a été marin, il en parlait beaucoup, la mer a été une source d’inspiration, mais, si je lui disais que je voulais être marin. Houp! Là, il démolissait mes aspirations. Père était fin observateur et les observations de son entourage ont été des sources fécondes pour son œuvre artistique, on a qu’à entrer dans le jeu de ses personnages sculptés; le côté ridicule ou poétique y est finement révélé dans les expressions des visages, les statures physiques.

Observateur veut aussi avoir une relation avec mémoire et souvenir.

Pour le passé, Père avait une mémoire d’historien, ce qui fait qu’il était un excellent conteur. Je me souviens de ces veillées à l’atelier les soirs d’hiver, de l’une qui m’a fait vibrer et presque vivre: Il était question de Joseph Arthur Fournier, de son habileté et de sa technique pour la sculpture. Enfin ce soir-là, Founier fut idéalisé par les paroles de papa, ce qui me marqua beaucoup et me fit aimer  la  menuiserie et surtout le meuble. C’est probablement de cette soirée que je vouai presque un culte à J-A Fournier. Mais, sept à dix mois après au chalet, je lui posé une question à propos de Fournier … Boom! Il aurait mieux fallu me taire. Autant il l’avait monté au Zénith cette soirée autant il le descendit cet après-midi de juillet où il faisait une chaleur à fondre.

Père était cyclique, et ce qui fit parfois très difficile à vivre avec. Un petit exemple, j’avais quitté la maison étant marié et j’étais établi ici, où je suis. Je le rencontre à son domaine des grèves et tout heureux de lui  faire  part non seulement des deux commandes de meubles, mais des beaux albums d’ornement du XVIII siècle. D’abord, il me dit que j’allais crever avec ces ouvrages là et la suite ne fût guère plus consolante.

Quand je le quittai, il ne me parut vraiment pas d’accord. Je me rends compte aujourd’hui qu’il n’appréciait pas qu’un de ses fils marche sur une autre voie que la  sienne. Combien de fois, dans ma jeunesse, m’a-t-il reproché de trop frayer avec les livres et d’autres fois, il me disait que je faisais bien de parfaire mes connaissances.

Cyclique une journée,  l’enthousiasme;  tout était beau et le  lendemain: Crac!  Le thermomètre était en bas, ces jours-là nous étions sur les épines. Ici, je m’arrête cela suffit pour le côté réaliste. Non, il n’était pas facile de vivre avec papa, surtout quand c’était du côté moral, disons spirituel. Une fois : j’avais entre 15 ou 18 ans, j’avais été avec des amis du canton, cousins et cousines dans une soirée où j’avais dansé les carrés, la gigue, et bien pris quelques petits verres de bon vin. Je rentrai à la maison vers une heure du matin, il m’attendait et j’eus une jolie semonce. Maman se leva, le prit par le bras et l’amena se coucher. Mais, à 5 heures, il me réveilla et m’envoya à la confesse, comme si j’avais fait des choses affreuses et immorales. Malgré que je m’endormais comme un caillou, j’y allai, mais il n’a jamais su que je ne suis jamais allé dans la boite à péché. J’ai assisté tant bien que de mal à la messe je ne me sentais coupable de rien. D’ailleurs tout ce paquet de cousines et cousins plus les gens âgés, père, mère, oncles ou tantes étaient-là.

C’est d’une foi plutôt sous la loi de la crainte et de la peur que papa a emmergé après ses longues retraites à Villa Manrèse. Après deux ou trois retraites de 10 à 15 jours, papa devint beaucoup plus souple et plus large, du moins pour ce temps -là. Ce qu’a bénéficié surtout notre chère maman qui était beaucoup plus simple; plus large avec la morale et les histoires de péchés. J’en reparlerai dans l’autre miroir plus loin. Mais, il ne faut pas oublier que j’étais l’ainé et puis son rival vis-à-vis de ma mère. Ce qui inconsciemment,  il  n’acceptait guère, surtout à cause  de son tempérament.  Je remarque que papa à ma mémoire n’a jamais été très démonstratif affectivement, d’aussi loin que je me souviens maman, grand-père et surtout certaines tantes m’ont montré beaucoup plus d’affection que papa, qui m’a toujours paru bien embarrassé avec ces démonstrations affectives. Là-dessus, il ressemblait à grand-mère point pour point.

Famille de Médard Bourgault, années 40

Maisons patrimoniales à géométrie variable

11 avril 2016 Laisser un commentaire

Après 3 ans de retour à la vie de notre corporation, le bilan est assez gris pour que nous soyons devant la nécessité de nous poser quelques questions fondamentales. En tout premier lieu, les maisons patrimoniales ont- elles toujours la cote? Quels sont les modes de fonctionnement et de financement des autres maisons patrimoniales comparables à la MMB? Et même, en fait, est-ce que la MMB se qualifie pour être considérée maison patrimoniale?

Un petit tour d’horizon rapide suffit à nous faire prendre conscience de ce que nous savons déjà, à savoir qu’il n’y a que fort peu de modèles vraiment comparables à notre situation, soit une maison privée qui cherche à être soutenu par le public.

Certaines maisons patrimoniales parmi les plus connues sont la propriété de gouvernement, principalement les villes et municipalités. Ainsi, la ville de Québec possède un réseau de 11 maisons, qui sont gérées par la ville elle-même ou par des organismes à but non lucratif. Elles ont toutes comme mission de présenter des expositions sur l’histoire des lieux et de leurs occupants, le patrimoine, l’environnement, les sciences ou les arts visuels.

Si quelques-unes de ces maisons sont en fait des monuments architecturaux uniques (Maison des Jésuites de Sillery, Ilôt des Palais de l’époque de Jean Talon) qui justifient à lui seul leur préservation, d’autres ne se démarquent guère par leur architecture ou leur trajectoire historique, n’ont pas été la résidence de célébrité ou quoi que ce soit. Elles ne sont que de beaux exemples de maisons de fermes de leur époque et jouissent d’une localisation qui les rend intéressantes à conserver (maison O’Neill (photo), maison Dorion-Coulombe sur le bord de la rivière St-Charles). C’est donc dans une volonté d’animation culturelle que les villes désormais fusionnées pour donner le Québec de 2015 avaient jadis conservé et mis en valeur ces demeures qui sont donc aujourd’hui, de ce fait, éparpillées sur l’ensemble du territoire, offrant ainsi un réseau de sites d’animation culturelle de proximité dans les banlieues loin des grandes institutions centrales (Musées, etc.). Il est fort probable que si le choix de les restaurer et de les conserver devait être pris aujourd’hui dans une grande ville unique, plusieurs ne passeraient pas le test. Mais comme elles font partie de l’héritage des villes fusionnées (de leur « dot »…), leur avenir est ainsi assuré.

Au total le Répertoire du patrimoine culturel du Québec comprend un peu plus de 32000 entrées dans la catégorie Patrimoine immobilier, et quelques milliers (>2000) de ces sites sont des maisons proprement dites, les autres allants du caveau à légumes aux majestueuses églises tricentenaires et aux bâtiments industriels.

A l’autre bout du spectre, on trouve un nombre considérable de ces maisons dites patrimoniales (ainsi désignées pour des raisons historiques et architecturales (ex. : les maisons Soulard ou Létourneau) qui sont des propriétés privées à part entière. Certaines sont toujours de vraies résidences de famille du milieu, mais un nombre important a été racheté par des urbains fortunés qui les ont transformés en gentilhommières avec Volvo et piscine. Certaines ont aussi pris le rôle de restaurants, auberges, gites et autres variations de l’industrie touristique. Mais ces demeures-là ont toutes comme caractéristiques de n’être initialement que de magnifiques demeures; elles ne sont pas associées à la vie et aux traces d’une personne spécifique. Qui plus est, celles qui deviennent ainsi des lieux de culture, de gastronomie ou de tourisme partagent généralement une caractéristique en propre : ce sont le plus souvent de vastes demeures.

Les maisons associées à une personne connue et dont elles sont le reflet sont moins nombreuses : maison René Lévesque à New Carlisle, maison Alphonse Desjardins à Lévis, maison Cornelius Krieghof à Québec, etc.

Toutes ne sont pas nécessairement animées. Ainsi la maison René Lévesque est une résidence privée, mais un groupe cherche à réaliser une construction d’animation intitulée Espace René Lévesque un peu à la manière de l’espace Félix Leclerc ou, dans une moindre mesure, du Musée de la Mémoire vivante qui, s’il a pris la forme du Manoir de Gaspé, n’a pas cherché à en prendre la couleur exacte.

La maison Krieghof pour sa part n’est pas un lieu visitable. Elle ne contient d’ailleurs aucune trace du peintre qui ne l’a habité que pendant deux ans. Krieghof avait de toute façon une bien piètre opinion des Canadiens français qu’il représentait le plus souvent en boisson ou dans des postures primitives, ce qui de toute évidence plaisait à sa clientèle de bourgeois et de militaires britanniques.

De nos trois exemples, seule la maison Desjardins peut être visitée; elle est la propriété des Caisses Desjardins via la Société historique Alphonse-Desjardins.

Enfin, certaines maisons patrimoniales animées ne sont, comme l’espace René Lévesque, encore que des projets. Ainsi, la Maison Gilles Vigneault de Natashquan, qui se bat depuis plusieurs années pour conserver, rénover et mettre en valeur les maisons du père et du grand-père de l’illustre poète national. Aux dernières nouvelles, une campagne de financement avec un objectif de 500,000$ était lancée auprès du public en général après que le gouvernement eut exigé une somme colossale à la Fondation pour accepter de s’engager… ce qui revient à refuser de s’engager.

    • Le tableau n’est évidemment pas complet et nécessiterait une analyse beaucoup plus fine, mais quelques grandes conclusions semblent déjà émerger
    • Les maisons patrimoniales ouvertes au public sont la propriété de municipalités ou de grandes corporations qui les financent entièrement, les revenus éventuels (entrées, souvenirs, etc.) n’étant qu’un appoint.
    • Les maisons patrimoniales « semi-publiques » (restaurant, auberge, etc.) sont de grandes demeures ou sont situées dans des sites stratégiques (centres des villes et des villages, bord de mer, etc.). De plus, leurs fonctions fluctuent beaucoup avec les aléas de l’industrie touristique ou de la vie personnelle de leurs propriétaires; restaurant un jour, à vendre demain. Ainsi, la survie de leur rôle patrimonial n’est jamais assurée.
    • Les maisons associées à une personne ont de meilleures chances si elles sont situées à proximité des grands centres touristiques et si la personne en question est bien connue du grand public. Ce n’est toutefois pas un gage de succès, car le financement populaire est difficile

La MMB n’est pas la propriété d’un gouvernement et vraiment rien n’indique qu’il y ait ne serait-ce que l’embryon de l’ombre du début d’un intérêt pour qu’elle le devienne un jour. Même la Fondation Fleury, un OSBL culturel et patrimonial du milieu, ne semble pas souhaiter être associé au projet.

La MMB n’est pas une vaste demeure et elle n’est pas située au centre névralgique du village. Son potentiel de transformation un jour en auberge, en B&B ou en café est donc assez restreint.

D’autre part, Médard Bourgault et ses frères glissent lentement mais sûrement hors de l’imaginaire collectif; déjà les moins de 40 ans ne savent guère qui ils étaient, ce qui explique largement le désintérêt des 3 dernières années. Monter une campagne de financement populaire via des outils du genre Kickstarter ou la Ruche dans ces conditions risque de s’avérer très peu efficace.

Mais alors existe-t-il des modèles qui fonctionnent et qui nous ressemblent?

LA particularité qu’il nous faut étudier est la question de la propriété actuelle de la maison. Par exemple, comme elle est encore dans la famille, cela la disqualifie pour des subventions de fonctionnement. Il faut donc trouver des exemples de maisons privées, ouvertes au public et comparer leur fonctionnement au nôtre.

Elles ne sont pas légion. En connaissez-vous?

http://www.ville.quebec.qc.ca/culture_patrimoine/patrimoine/maisons.aspx

http://www.patrimoine-culturel.gouv.qc.ca/rpcq/accueil.do?methode=afficher

http://ici.radio-canada.ca/regions/est-quebec/2014/10/14/010-natashquan-maison-patrimoniale-campagne-financement.shtml