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Archive for décembre 2016

Un grand symbole s’en est allé…

19 décembre 2016 Laisser un commentaire
2016a-largeIl nous aura accompagné pendant plus de 80 ans….

 

Vendu depuis plusieurs années hors de la famille et tombé dans un abandon de plus en plus profond faute de repreneurs intéressés, l’atelier du père de la sculpture à St-Jean-Port-Joli a finalement été démoli en octobre dernier. Comble de l’ironie, ce bâtiment qui fut le berceau de ce qui définit encore ce village a cédé la place à un stationnement. Inutile de chercher des coupables, il n’y en a pas. On ne peut pas tout retenir et préserver du passé. Sans un rôle significatif, tout bâtiment est appelé à disparaître un jour, que ce soit pour faire place à une autoroute ou à rien du tout. Nous aurons au moins eu le temps de lui dire adieu.

 

medard-1-largeL’atelier fut construit en 1933 par les trois frères Bourgault, Médard, André et Jean-Julien. Ils reçoivent alors l’aide financière de leur père Magloire, ainsi que quelques bénévoles du canton pour le travail de bras. Cet atelier initial mesurait 30′ x 20′  (9 X 6 mètres), et c’est dans cet espace restreint, mais néanmoins déjà bien plus grand que le hangar (voire la cuisine de Marie-Rose durant les jours froids d’hiver), que les trois frères s’adonnent à leur travail de sculpteur sur bois. C’est là qu’ils développeront chacun leur style et affineront leur technique.

 

André y aménage bientôt un petit appartement à l’étage. En 1936, il quittera ses deux frères pour s’établir plus à l’ouest, dans le secteur dit du Port-Joli. De 1933 à 1938, leur soeur Yvonne ainsi que deux neveux (Léon et Alphonse Toussaint) travailleront aussi comme apprentis-sculpteurs sous les conseils des frères Bourgault. Seule Yvonne continuera pendant encore plusieurs années la sculpture artisanale.

 

atelier2-largeEn 1939, l’atelier s’agrandit pour l’établissement de la première école de sculpture, la première et la seule du genre dans l’est du Québec. Seize élèves s’y inscrivent. Médard et Jean-Julien en seront les professeurs et Jean-Marie Gauvreau en sera le directeur. Malheureusement l’école doit fermer à cause de la seconde guerre mondiale, mais quelques élèves continuerons à l’atelier des maîtres pendant quelques années encore. Mentionnons par exemple les noms de Paul-Émile Caron, André Dubé, Wilfrid Richard et Tréfflé Picard.

 

medard2b-largeJean-Julien quitte l’atelier à son tour vers 1948 afin d’ouvrir son propre atelier. Et Médard continue à oeuvrer dans son atelier avec ses enfants jusqu’en 1967. Vers la fin des années 40, la famille de Médard étant nombreuse, le petit appartement du 2e étage devient la « garçonnière » du fils aîné, Jean-Raymond, alors âgé de 24 ans et de retour de l’École des Beaux Arts.

 

Quelques années après la mort de son père, Jacques, fils de Médard, hérite par sa mère Marie-Rose de l’atelier ou il exercera ce même métier de sculpteur sur bois avec grand talent avec deux de ses frères, dont André-Médard, et un neveu par alliance, Martin Giasson, et ce durant quelques années.

 

Vers 2010, à la retraite de Jacques, l’atelier sera vendu au Musée des Anciens Canadiens voisin, qui le louera comme boutique de souvenirs puis tentera en vain de le revendre, Très abimé, il sera finalement détruit en octobre 2016.

 

medard-3-largeDe cet atelier sont sorties des oeuvres magistrales, marquantes pour leur époque. Médard,Jean Julien ainsi que plus tard les enfants de Médard, y auront donné leur âme et mis tout leurs coeurs dans de nombreuses pièces de différentes essences de bois, dont plusieurs chefs-d’oeuvres de la sculpture artisanale.

 

L’atelier n’est qu’un symbole du moins pour bien de gens. Mais le destin qui a été le sien n’est pas inéluctable, il n’est écrit nulle part que tout doit disparaître aussi bêtement. Par contre, que cela serve de leçon à ceux et celles qui regardent la parade passer. La maison aussi a besoin de protection active. La maison Médard Bourgault non plus n’est pas éternelle…

 

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