Un livre de recettes peut en cacher un autre…

21 octobre 2018 Laisser un commentaire

Comme beaucoup de femmes au foyer de son époque, Marie-Rose Bourgault, épouse de Médard et mère d’une famille nombreuse, collectionnait les recettes qu’elle découpait dans les différentes publications du temps afin de se constituer un livre de recettes maison. Pour Marie-Rose, ces idées de plats cuisinés provenaient, entre autres, de Perspectives, un supplément hebdomadaire au quotidien La Presse publié jusque dans les années 80.

Cette variante du scrapbooking était assez courante à l’époque et utilisait généralement, comme support de base, de vieux almanachs ou catalogues divers, sur les pages desquels on collait les recettes et autres découpages avec de la “colle de pâte”, un mélange liquide de farine et d’eau.

Le support du “livre de recettes de Marie-Rose » que nous avons en main est le Guide commercial ecclésiastique 1955 (18e édition) publié à Montréal par Paul A. Joncas, éditeur.

Le livre de recettes, en lui-même, serait déjà bien amusant avec ses suggestions de plats cuisinés d’une époque où la graisse et le sucre ne faisait pas hausser les sourcils et palpiter les cœurs. Mais la partie la plus intéressante, pour l’histoire de Médard qui nous concerne ici, se trouve cachée sous les recettes compilées par sa femme.

 

Le Guide était divisé en deux parties (du moins celui de 1955). Une première partie recensait toutes les variations de l’Église catholique au Canada, avec noms et adresses, classés par provinces, villes et villages, voire quartiers. On y trouvait donc chaque mission, couvent, collège, monastère, congrégation, groupe, presbytère et évêché, et même les hôpitaux.

Il dressait donc un portrait très détaillé de la présence de l’Église au Canada, du moins dans son visage francophone, la couverture géographique allant du fin fond des Territoires du Nord-Ouest aux quartiers ouvriers les plus urbains de Montréal.

Une section est également organisée par communautés religieuses. Certains noms de communautés sont aujourd’hui tombés complètement en oubli même si le Guide ne date que de 70 ans : Sœurs marianites de Ste-Croix, Sœurs de Catherine, Petites filles de St-François, Frères chrétiens d’Irlande…

Le Guide commercial ecclésiastique fut publié de 1936 à 1965 par Paul A Joncas, éditeur, à Montréal, puis changea de nom pour Guide des institutions catholiques du Canada. Il perdurera sous ce nouveau titre jusqu’en 1983.
Par sa couverture géographique, l’ouvrage laisse entrevoir, quoique bien indirectement, la trace du grand mythe encore vivant d’un pays bilingue d’une côte à l’autre, et des communautés francophones encore existantes dans le reste du pays au milieu des années 50. Saskatchewan, Alberta, Territoire du Nord-Ouest… : l’Almanach de 1955 donne l’impression, bien curieuse aujourd’hui, d’un pays où les catholiques, et les francophones, sont partout.

Avec ces informations en main, il était possible de solliciter les organisations catholiques pour obtenir contrats et commandes. L’éditeur offrait même un « service d’adressage ecclésiastique » pour des envois de publicité et autres courriers en lot. Un peu l’équivalent papier du spam de notre époque, mais certainement beaucoup moins courant.

Il est très peu probable que Médard Bourgault ait jamais eu recours à ce service de publicité de masse, sans doute bien trop coûteux, et dont il n’avait pas tellement besoin pour recevoir des commandes. On est au milieu des années 50 et l’art religieux, par la construction d’églises, d’écoles ou de chapelles, ou par leur embellissement, vit sans le savoir ses dernières années de gloire. Or les revenus que tire Médard de ce secteur d’activité à titre de sculpteur sont proportionnellement importants et lui permettent de faire vivre sa famille correctement bien que modestement. Il fait donc partie du portrait pour les curés et autres décideurs.

La deuxième partie du Guide est un index de fournisseurs classés selon les produits. Il s’agit en somme d’un catalogue d’entreprises ou de services s’adressant non plus ici aux entreprises mais aux clients, aux gens d’église eux mêmes. Pour ceux qui ont connu l’annuaire des Pages jaunes, voici son équivalent en version ecclésiastique catholique. Et on y trouve de tout pour les paroisses et les écoles : équipement d’hôpital et mobilier de bureau, intercom de collèges, matériaux de construction, chasubles sur mesure, broderies, etc.

 

Et bien sûr, sculptures et décorations de toutes sortes.

Certaines entreprises, plus grandes et plus commerciales dans leur approche, y vont de page entière de publicité, telle la Menuiserie Deslauriers de Québec, qui propose de la «sculpture sous la surveillance d’experts» (bien que le concept ne nous paraisse plus très clair aujourd’hui). 

La communauté italienne, très catholique et bien implantée à Montréal, est aussi très présente et visible. Outre Bourgault, Trudelle et Deslauriers (lequel s’inscrit dans une offre beaucoup plus large, d’ailleurs), tous les noms des producteurs de la section « statuaire » sont italiens (ou partiellement italiens) : Barsetti et frères, Bernardi & Nieri, Carli et Petrucci, Todoro & Bigras…  Les autres entreprises dans la liste (Apostolat de la Presse, Librairie Canadienne) ne sont que des revendeurs.

 

Plusieurs de ces entreprises vendent de la statuaire en plâtre, surtout les italo-montréalais. Aussi, quand Médard, dans son journal, fait des montées de lait contre les curés qui préfèrent les « plâtres italiens » parce que moins chers, on sait désormais de qui il parle.

Extrait du Journal de Médard Bourgault, écrit vers 1940.

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(Notes aux lecteurs: Le ton utilisé concernant les « artistes étrangers » (italiens d’origine, certes, mais néanmoins de Montréal) pourrait certainement chiffonner des sensibilités contemporaines, mais il faut bien se reporter à l’époque pour en saisir le contexte culturel réel et le sens des récriminations de Médard, qui doit lutter économiquement contre une production semi-industrielle en série et à bas coût pour conserver sa place au soleil. En dehors de velléités artistiques nationalistes apparentes, il y a aussi le pain, le beurre et 14 enfants à nourrir…)

Autre observation intéressante : dans sa publicité encadrée, et contrairement à plusieurs ses compétiteurs, Médard Bourgault ne fournit pas de numéro de téléphone! Pourtant en 1955, le téléphone était déjà bien implanté à sa maison. Est-ce un simple oubli? Ou fut-il simplement mal conseillé? Ou plutôt, rebute-t-il à utiliser cette forme de communication plus intrusive pour sa famille? On ne le saura jamais, mais cela pourrait être révélateur d’un choix basé, en partie du moins, sur son rejet personnel de la modernité technologique, lequel est souvent bien apparent dans ses écrits.

Que reste-il aujourd’hui de ces entreprises de 1955?

De la maison Bernardi et Nieri (ou Bernardin et Nieri), le Répertoire du patrimoine culturelle du Québec recense (octobre 2018), une vingtaine d’oeuvre. Certaines étaient en vente sur diverses plate-formes au moment d’écrire ces lignes :

https://www.kijiji.ca/v-oeuvre-d-art/levis/antiquite-art-religieux-sacre-coeur-bernardi-la-nieri-montreal-l/1286988308

https://lesantiquitesbolduc.com/catalogue/objets/art-religieux/plaster-statue-of-jesus-by-bernardi-nieri-montreal/

De la maison Barsetti et frères, aussi connue sous le nom Barsetti et Manucci, le Répertoire recense une dizaine d’oeuvre et quelques bâtiments. Arsène Mannuci a fait l’objet d’un intéressant article dans la revue Continuité en 1989.

La maison Carli et Petrucci fut aussi connue comme T Carli et Petrucci ltée. Elle fut fondée en 1867 en tant que maison T Carli, puis, en 1910, Petrucci frères jusqu’en 1923, et enfin T Carli et Petrucci jusqu’en 1965. Le Répertoire liste 11 édifices et 88 oeuvres pour cette entreprise.  Un article dans Le Soleil du 15 août 2015 en fait un très intéressant portrait:

Desloges, Josianne (15 août 2015) Exposition Carli et Petrucci: trésors de plâtre. Le Soleil, Québec.

L’article est un compte rendu détaillé d’une exposition tenue à l’église de Deschambault à l’été 2015. Un segment d’entrevue avec le collectionneur à l’origine de l’exposition est révélateur d’une la problématique économique de Médard signalée ci-haut :

L’arrivée des statues de plâtre, produites en série par de petites entreprises, a été vue comme annonciatrice du déclin de la sculpture au Québec. «Dans ce temps-là, les églises ouvraient au lieu de fermer, donc les artisans du bois ne fournissaient plus. Les Italiens sont arrivés avec une représentation bien faite, au tiers du prix, plus rapide à faire», raconte Marc Alain Tremblay.

Sur Todoro et Bigras, le Répertoire ne semble contenir aucune trace pour le moment. Leurs marques de commerce, selon la publicité de 1955, étaient surtout les sculptures en pierre et le fer forgé décoratif.

J.Géo Trudelle et fils, de St-Romuald, est une entreprise familiale qui, en 1955, est  opérée par le fils Henri Trudelle, car le fondateur et père J. Georges Trudelle est décédé en 1950. On trouve un immeuble et une oeuvre dans le Répertoire.

Enfin, la Menuiserie Deslauriers était en fait dans une classe complètement à part car ses revenus ne provenaient pas beaucoup de la sculpture et du statuaire, et en fait, même pas tant de l’Église catholique. Un article du Soleil de 2007 nous situe: 

Ce sont eux, les Deslauriers, qui ont construit, par exemple, plusieurs des immeubles de la colline parlementaire, dont l’édifice Honoré-Mercier, entre 1922 et 1925 ; et l’édifice D, sur la rue des Parlementaires, en 1931-32 ; puis le Musée national des beaux-arts, en 1933 ; le pont de l’île d’Orléans en 1935 ; le Colisée de Québec en 1949 ; l’hôpital des Anciens Combattants, aujourd’hui le CHUL, en 1955, plusieurs pavillons de l’Université Laval entre 1955 et 1965, le magasin Pollack à la même époque, etc.

La menuiserie Deslauriers s’est un peu plus tard spécialisée dans le mobilier religieux. Des centaines de bancs d’église de la région de Québec ont été fabriqués par les Deslauriers ; tout comme le fauteuil du président du conseil législatif et celui du président de l’Assemblée nationale, la chaire de l’église Saint-Dominique, des fonts baptismaux, des maîtres hôtels, des balustrades, des baldaquins, et quoi encore.

Champagne, Pierre (13 février 2007) Les Deslauriers de Québec: une famille de bâtisseurs. Le Soleil, Québec

On n’est clairement pas dans les mêmes ligues que Médard!

L’entreprise existe toujours, mais sous un autre nom (depuis 1968) et dans un tout autre type de production:

L’offre actuelle va des comptoirs en bois aux comptoirs en granit, des portes d’armoires thermoplastiques aux portes en polyester et en passant par la distribution de mélamine. (site web de Prémoulé Inc, visité le 21 octobre 2018)

 

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La bibliothèque (1918-2018)

15 octobre 2018 Laisser un commentaire

Il y a cent ans, soit dans l’hiver de l’année 1918, Médard Bourgault, alors jeune marin dasn la marine marchande, est en congé « à terre » pour cause de maladie. Pour s’occuper et par intérêt personnel, il décide d’entreprendre la réalisation d’une bibliothèque. Il s’installe dans l’atelier de son père, Magloire Bourgault,  menuisier de métier, qui possède tous les outils et l’expertise requis.

Médard décide aussi de décorer son meuble de sculptures diverses. Ce sera sa toute première réalisation sculpturale, ou du moins la plus ancienne digne de mention dont la famille ait conservé mémoire, car il est possible, voire probable, qu’il ait sculpté au canif bâtons ou autres petits objets, pour occuper ses temps de loisir comme marin, mais aucune trace n’en a subsisté. En tout cas, il ne semble pas en avoir parlé dans ses écrits et le légendaire familial est muet à ce sujet.

Mais laissons Médard nous raconter lui-même la réalisation de sa première oeuvre d’importance :

« Alors avec l’aide de mon vieux père, je préparai le bois convenu en maniant la varlope et rabot… Alors assis sur une bûche, et ayant comme établi son coffre à outils, et avec mon couteau, un ciseau et une gouge, je sculptai des courants de feuilles dans les vantaux des panneaux ; enfin après deux mois de labeur je pouvais admirer mon œuvre, j’en étais fier. » (Journal de Médard Bourgault, section écrite en 1940)

Ce meuble est une armoire à deux corps, décorée de soleils, d’entrelacements de feuilles et de castors. Le tout est encore très rudimentaire dans sa forme mais annonce déjà le futur sculpteur. Elle est recouverte d’une couche de peinture de couleur ochre qui date du temps de sa création, comme c’était la mode à l’époque.

Elle a fait partie de la maison Médard Bourgault depuis le tout début.

Pascal Fournier, capitaine

21 février 2018 1 commentaire

A l’hiver 2017, le propriétaire d’une oeuvre de Médard Bourgault demanda au directeur de la Corporation de la Maison s’il pouvait en retoucher la finition. Il s’agissait d’un personnage en ronde bosse réalisée dans les premières années de sa carrière de sculpteur sur bois par un Médard déjà confiant et remarquablement habile. Le personnage est un capitaine vieillissant. Sous le piédestal, une étiquette qui nous indique qu’il s’agit de Pascal Fournier. Ce n’est donc pas un capitaine générique, anonyme ; ce n’est pas une simple sculpture décorative, comme St-Jean-Port-Joli en verra tant dans les années subséquentes, mais bien un témoignage historique.

Mais qui était donc ce capitaine Fournier? Si Médard a pris la peine de le sculpter en 1935, c’est qu’il devait avoir une certaine notoriété, du moins dans son milieu.

On sait assez peu de chose sur lui. Son épouse est décédée le ou juste avant le 18 août 1942 à l’âge de 93 ans. Au moment de sa mort, le Capitaine était déjà décédé car la Presse du 18 août 1942 raconte: ”Mme Fournier était la femme de feu le capitaine Pascal Fournier qui fut bien connu dans les cercles maritimes de Québec et du bas du fleuve. Il a précédé sa femme dans la tombe d’une dizaine d’année”.  Il serait donc mort au début des années 30, un peu avant la sculpture de Médard, qui l’a ainsi certainement connu.

Selon une source de généalogie sur internet  (geneanet), Pascal Fournier serait né en 1852 et mort en 1930. Sa femme décédée en 1942 se nommait Alvina Legros.

   

Gérard Ouellet, dans son ouvrage Ma paroisse, paru en 1946, mentionne le nom de Fournier à deux reprises. La première est pour simplement signaler que son voilier, la Sainte-Anne, fréquentait régulièrement le quai de St-Jean-Port-Joli. Et la seconde fois, il mentionne qu’en 1893 Fournier gagne un procès à la cour de circuit, un tribunal qui se déplaçait de village en village, et ce contre le fils du juge lui-même. Qu’un juge puisse siéger sur une cause où son propre fils est partie prenante indique bien le contexte assez curieux de la justice du 19e siècle. Toutefois, c’est plutôt ce commentaire de Ouellet qui est amusant et instructif: “Quiconque a connu Pascal Fournier sait qu’il avait la langue bien pendue”… Et c’est tout. Il avait une grande gueule mais pas un mot sur son commerce ou autre raison de sa notoriété régionale.

Selon les souvenirs de Rose Bourgault tel que rapportés par André-Médard, on sait qu’occasionnellement, il amenait des passagers du village et des alentours à St-Anne de Beaupré pour le pèlerinage du 26 juillet.

On a d’ailleurs quelques photos de son voilier. Une de ces photographies anciennes apparaît dans l’ouvrage Les goélettes à voile du Saint-Laurent; Pratique et coutumes du cabotage, d’Alain Franck, paru aux Éditions du Musée maritime Bernier en 1984. On y voit la goélette Saint-Anne du capitaine Fournier naviguant tribord amure, avec sa chaloupe bien en évidence sur ses bossoirs de bois. La même photo est aussi reprise dans C’était hier : Saint-Jean-Port-Joli, d’Angéline Saint-Pierre (Éditions du Savoir, 1994). Une autre photo du livre de Franck, bien que non identifiée spécifiquement au capitaine Fournier, nous montre la Sainte-Anne échouée à l’ouest du quai de Saint-Jean-Port-Joli le 1er août 1921.

   

La sculpture de Bourgault elle-même comporte des éléments curieux. Le personnage représenté semble avoir la soixantaine bien sonnée: rides marquées aux joues et au front, posture un peu voûtée, pipe vissée au bec… On devine le vieux marin à la peau cuite et recuite par le soleil et le vent du fleuve. Une belle pièce sans contredit, de la première période professionnelle de Médard.

Par contre, les inscriptions sur la base sont déroutantes: “Fait par Médard Bourgault au Pilier 1935” et la signature au burin, “Méd Bourgault, Février 1935”. Le problème est qu’en février, on ne va pas au Pilier de pierre, qui est alors coincé dans les glaces et tout à fait hors d’atteinte sauf dans des conditions extrêmement dangereuses voire héroïques. Or en 1935, il n’y a pas de canots à glace à St-Jean-Port-Joli et certainement aucun désir de la part de Médard, qui a déjà une famille de plusieurs enfants, de se lancer dans une pareille aventure absurde et sans raison, surtout que le Pilier est alors désert car le gardien, son propre frère, n’y arrive qu’au début avril. Contrairement à ce qui est affirmé, la sculpture n’a donc pas été réalisée au Pilier. On pourrait croire qu’elle a été imaginée, pensée ou même commencée au Pilier durant l’été… sauf que la mention manuscrite indique 1935 comme date (ce qui serait donc l’été 1935), et la signature, qui doit forcément avoir été apposée à la toute fin de la réalisation de l’œuvre, indique Février 1935, plusieurs mois avant l’été  Quelque chose cloche. De quand date ce texte? Qui l’a écrit? Quelqu’un qui voulait conserver le souvenir d’un moment spécial au Pilier? Ou y a-t-il simplement une erreur de date?

Peut-être le petit papier broché contient-il la clé de l’énigme: “A – Antonio Bourgault”. Est-ce un cadeau de Médard à son frère Antonio, dernier gardien du phare du Pilier de pierre de 1926 à 1960? Cadeau qu’il aurait remis à l’été 1935 mais qui aurait déjà été terminé en février? Mais pourquoi avoir attendu aussi longtemps alors qu’Antonio habitait à moins de 100 mètres de chez-lui et qu’il y était bel et bien pendant tout l’hiver? Ou alors Médard le lui aura remis pour de son anniversaire, le 16 août? Surtout que ce jour-là Antonio atteignait ses 40 ans, un chiffre qui mérite bien une visite en chaloupe au phare et un cadeau du frérot.

Voilà une simple supposition fondée sur bien peu de chose mais elle a l’avantage d’être chronologiquement cohérente… et d’être amusante.

 

 

Franck, Allain (1984)  Les goélettes à voile du Saint-Laurent; Pratique et coutumes du cabotage, L’Islet sur mer, Musée maritime Bernier, 166 pages. 2-9800323-0-1. Les deux photos de la goélette sont tirées de ce livre et proviennent de collections privées.

Ouellet, Gérard (2001). Ma Paroisse – Saint-Jean-Port-Joly. Québec, Les Éditions des Piliers. Réédition de 1946, 2-9807316-0-9

Saint-Pierre, Angéline (1994) C’était hier – Saint-Jean-Port-Joli. Saint-Jean-Port-Joli, Les Éditions du Savoir. 157 pages. 2-921570-29-7

Jospeh-Arthur Fournier, dans son Mémorial de Saint-Jean-Port-Joli, ne touche pas un mot de Pascal Fournier. Il faut dire que JA Fournier est décédé en 1931 et qu’il était donc un contemporain du capitaine, voire même peut-être un parent.

Sur Antonio Bourgault

http://aleccim4.blogspot.ca/2010/05/dans-ma-famille-il-y-avait-un-gardien.html

http://www.nosorigines.qc.ca/GenealogieQuebec.aspx?pid=990742&partID=1025480

Sur le Pilier de pierre

https://www.leplacoteux.com/le-phare-du-pilier-de-pierre-a-de-nouveaux-gardiens/

Sur la généalogie de Pascal Fournier

https://gw.geneanet.org/marcelf?lang=fr&pz=marcel&nz=fournier&ocz=139&p=pascal&n=fournier

Citation et reconnaissance patrimoniale pour la maison

1 août 2017 Laisser un commentaire

Lors de sa séance régulière du 5 juin dernier, le Conseil municipal de St-Jean-Port-Joli votait une motion reconnaissant la citation du site patrimoniale de la maison Médard Bourgault et de son domaine (règlement 753-17). Selon les termes même de la motion, la reconnaissance officielle de la municipalité se fonde sur la valeur artistique, ethnologique, historique et emblématique du lieu.

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Initié par M Jean Simard, historien et ethnologue bien connu établi dans la région et membre du conseil de la Société québécoise d’ethnologie, la citation est l’aboutissement de plusieurs mois de travail pour monter le dossier avec l’appui de nombreux intervenants de la région. Elle vient poser un jalon majeur dans la sauvegarde de ce secret bien gardé qu’est encore trop souvent la maison Médard Bourgault et son domaine.

Mais qu’est-ce qu’une citation? Une citation est un « statut légal officiel qu’une municipalité locale peut attribuer à un bien patrimonial (immeuble, site, document ou objet) afin d’en assurer assure la protection et de favoriser sa transmission aux générations futures. Le bien patrimonial cité est inscrit au Registre du patrimoine culturel, ce qui contribue à sa connaissance et à sa mise en valeur auprès de la collectivité. » (Ministère de la Culture et des Communications). Ce statut se distingue du classement « historique » en ce qu’il n’engage pas financièrement la municipalité ou le gouvernement. Aucune subvention n’y est liée. Il s’agit seulement pour la municipalité d’agir en cohérence avec cette reconnaissance et de ne pas autoriser de modification substantielle du lieu afin d’en assurer l’intégrité. C’est donc un premier pas d’importance.

Ce n’est évidemment pas le style architectural de la maison qui justifie ce choix. Petite maison paysanne du milieu du 19e siècle, initialement en revêtements de planches (le revêtement de pierres fut posé beaucoup plus tard par Médard Bourgault lui-même), la construction, bien que sympathique et chaleureuse, n’a vraiment rien de remarquable. C’est l’histoire et les ajouts décoratifs fait par Médard Bourgault qui la rend importante, voire incomparable. Boiseries sculptées, œuvres d’art multiples, petits trésors du patrimoine accumulés au fil des ans, tout ce qu’elle renferme raconte l’histoire de celui qui fut pour St-Jean-Port-Joli à l’origine son statut de village artistique, et ce à travers d’abord le travail avec ses frères André et Jean-Julien, puis l’école de sculpture et les nombreux artisans qui en furent issus et s’établirent ensuite dans la région. Bien que beaucoup moins présente aujourd’hui, la sculpture a façonné l’âme même du village de St-Jean-Port-Joli.

Derrière sa maison, Médard avait aménagé dans ce qui était un cap rocheux couvert d’arbres une petite chapelle (on est alors au milieu du 20e siècle et le Québec est encore très catholique) où la famille allait dire la prière du soir. Et tout en bas, au bord du fleuve, dans ce qui était initialement un champ de patates, Médard a planté des arbres, qui est devenu un bocage frais et enjôleur, dans lequel il a construit avec l’aide de ses garçons, deux petits chalets et un minuscule atelier où il se réfugie quand les touristes deviennent trop présents dans son quotidien. Dans son bocage, il peut méditer devant le grand fleuve.

C’est tout cela que la Citation municipale reconnait comme bien patrimonial à préserver.

Et pour ceux et celles qui ignoraient tout de ce lieu, voici une magnifique occasion de vous enrichir et de découvrir la perle. Le samedi 16 septembre, la Société québécoise d’ethnologie organise une journée complète d’activités débutant par un hommage aux les sculpteurs toujours actifs de St-Jean-Port-Joli, suivi d’un dîner et d’une visite du domaine Médard Bourgault. Plus d’information à venir bientôt. Et pour ceux qui ne souhaitent pas nécessairement assister à l’avant midi de la Société mais voudraient bien néanmoins visiter le domaine, des portes ouvertes complètes (maison ET domaine) se tiendront en après-midi entre 13h30 et 16h30. Attention! Attendu l’escalier hors norme qui y mène, des restrictions sont à prévoir pour la visite du bocage au bord du fleuve.

Un grand symbole s’en est allé…

19 décembre 2016 Laisser un commentaire
2016a-largeIl nous aura accompagné pendant plus de 80 ans….

 

Vendu depuis plusieurs années hors de la famille et tombé dans un abandon de plus en plus profond faute de repreneurs intéressés, l’atelier du père de la sculpture à St-Jean-Port-Joli a finalement été démoli en octobre dernier. Comble de l’ironie, ce bâtiment qui fut le berceau de ce qui définit encore ce village a cédé la place à un stationnement. Inutile de chercher des coupables, il n’y en a pas. On ne peut pas tout retenir et préserver du passé. Sans un rôle significatif, tout bâtiment est appelé à disparaître un jour, que ce soit pour faire place à une autoroute ou à rien du tout. Nous aurons au moins eu le temps de lui dire adieu.

 

medard-1-largeL’atelier fut construit en 1933 par les trois frères Bourgault, Médard, André et Jean-Julien. Ils reçoivent alors l’aide financière de leur père Magloire, ainsi que quelques bénévoles du canton pour le travail de bras. Cet atelier initial mesurait 30′ x 20′  (9 X 6 mètres), et c’est dans cet espace restreint, mais néanmoins déjà bien plus grand que le hangar (voire la cuisine de Marie-Rose durant les jours froids d’hiver), que les trois frères s’adonnent à leur travail de sculpteur sur bois. C’est là qu’ils développeront chacun leur style et affineront leur technique.

 

André y aménage bientôt un petit appartement à l’étage. En 1936, il quittera ses deux frères pour s’établir plus à l’ouest, dans le secteur dit du Port-Joli. De 1933 à 1938, leur soeur Yvonne ainsi que deux neveux (Léon et Alphonse Toussaint) travailleront aussi comme apprentis-sculpteurs sous les conseils des frères Bourgault. Seule Yvonne continuera pendant encore plusieurs années la sculpture artisanale.

 

atelier2-largeEn 1939, l’atelier s’agrandit pour l’établissement de la première école de sculpture, la première et la seule du genre dans l’est du Québec. Seize élèves s’y inscrivent. Médard et Jean-Julien en seront les professeurs et Jean-Marie Gauvreau en sera le directeur. Malheureusement l’école doit fermer à cause de la seconde guerre mondiale, mais quelques élèves continuerons à l’atelier des maîtres pendant quelques années encore. Mentionnons par exemple les noms de Paul-Émile Caron, André Dubé, Wilfrid Richard et Tréfflé Picard.

 

medard2b-largeJean-Julien quitte l’atelier à son tour vers 1948 afin d’ouvrir son propre atelier. Et Médard continue à oeuvrer dans son atelier avec ses enfants jusqu’en 1967. Vers la fin des années 40, la famille de Médard étant nombreuse, le petit appartement du 2e étage devient la « garçonnière » du fils aîné, Jean-Raymond, alors âgé de 24 ans et de retour de l’École des Beaux Arts.

 

Quelques années après la mort de son père, Jacques, fils de Médard, hérite par sa mère Marie-Rose de l’atelier ou il exercera ce même métier de sculpteur sur bois avec grand talent avec deux de ses frères, dont André-Médard, et un neveu par alliance, Martin Giasson, et ce durant quelques années.

 

Vers 2010, à la retraite de Jacques, l’atelier sera vendu au Musée des Anciens Canadiens voisin, qui le louera comme boutique de souvenirs puis tentera en vain de le revendre, Très abimé, il sera finalement détruit en octobre 2016.

 

medard-3-largeDe cet atelier sont sorties des oeuvres magistrales, marquantes pour leur époque. Médard,Jean Julien ainsi que plus tard les enfants de Médard, y auront donné leur âme et mis tout leurs coeurs dans de nombreuses pièces de différentes essences de bois, dont plusieurs chefs-d’oeuvres de la sculpture artisanale.

 

L’atelier n’est qu’un symbole du moins pour bien de gens. Mais le destin qui a été le sien n’est pas inéluctable, il n’est écrit nulle part que tout doit disparaître aussi bêtement. Par contre, que cela serve de leçon à ceux et celles qui regardent la parade passer. La maison aussi a besoin de protection active. La maison Médard Bourgault non plus n’est pas éternelle…

 

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Lendemain de lancement…

13 juin 2016 Laisser un commentaire

Le lancement du livre « La maison de mon père » a eu lieu ce samedi 11 juin à la Maison Médard Bourgault devant une quarantaine de personnes enthousiastes. Pour mémoire, quelques images de l’événement.

Merci à Nicole, notre photographe du jour.

Une visite virtuelle à la Langford Gallery de Toronto

Une galerie torontoise bien connue du milieu des arts vient de publier une courte synthèse de la vie et de l’oeuvre des « trois bérêts » (Médard, André et Jean-Julien) sur son site web. Elle y présente également quelques oeuvres disponibles à l’achat de chacun de ces sculpteurs fondateurs.

Du même souffle on y trouve aussi des noms bien connus de la région de St-jean-Port-Joli: Marcel Guay, Paul-Émile Caron, Godro, Robert Roy, Roger Bourgault, etc. Le tout se retrouve dans la catégorie Folk Art (arts populaires). Certaines pièces sont (ou semblent) anonymes, ce qui est assez fréquent dans cette catégorie de production artistique.

https://langfordgallery.com/collections/vintage-quebecois-folk-art

Une pièce de Médard est présente dans leur collection, soit un « Jésus portant un agneau » datant de 1946. La grande expressivité des traits du visage magnifiquement ciselé révèle le niveau de virtuosité technique que Médard avait atteint à cette époque.

https://langfordgallery.com/collections/vintage-quebecois-folk-art/products/medard-bourgault-jesus-carrying-lamb

Les prix varient évidemment selon les oeuvres et les artistes, à partir de 4600$ pour un crucifix de 130cm de Jean-Julien Bourgault.

Large Christ on a Cross by Jean-Julien Bourgault

Toutes ces oeuvres sont en très bonne compagnie car Langford offre aussi une très belle collection de pièces provenant des quatre coins du monde, de différentes époques et de différentes matières.