Citation et reconnaissance patrimoniale pour la maison

1 août 2017 Laisser un commentaire

Lors de sa séance régulière du 5 juin dernier, le Conseil municipal de St-Jean-Port-Joli votait une motion reconnaissant la citation du site patrimoniale de la maison Médard Bourgault et de son domaine (règlement 753-17). Selon les termes même de la motion, la reconnaissance officielle de la municipalité se fonde sur la valeur artistique, ethnologique, historique et emblématique du lieu.

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Initié par M Jean Simard, historien et ethnologue bien connu établi dans la région et membre du conseil de la Société québécoise d’ethnologie, la citation est l’aboutissement de plusieurs mois de travail pour monter le dossier avec l’appui de nombreux intervenants de la région. Elle vient poser un jalon majeur dans la sauvegarde de ce secret bien gardé qu’est encore trop souvent la maison Médard Bourgault et son domaine.

Mais qu’est-ce qu’une citation? Une citation est un « statut légal officiel qu’une municipalité locale peut attribuer à un bien patrimonial (immeuble, site, document ou objet) afin d’en assurer assure la protection et de favoriser sa transmission aux générations futures. Le bien patrimonial cité est inscrit au Registre du patrimoine culturel, ce qui contribue à sa connaissance et à sa mise en valeur auprès de la collectivité. » (Ministère de la Culture et des Communications). Ce statut se distingue du classement « historique » en ce qu’il n’engage pas financièrement la municipalité ou le gouvernement. Aucune subvention n’y est liée. Il s’agit seulement pour la municipalité d’agir en cohérence avec cette reconnaissance et de ne pas autoriser de modification substantielle du lieu afin d’en assurer l’intégrité. C’est donc un premier pas d’importance.

Ce n’est évidemment pas le style architectural de la maison qui justifie ce choix. Petite maison paysanne du milieu du 19e siècle, initialement en revêtements de planches (le revêtement de pierres fut posé beaucoup plus tard par Médard Bourgault lui-même), la construction, bien que sympathique et chaleureuse, n’a vraiment rien de remarquable. C’est l’histoire et les ajouts décoratifs fait par Médard Bourgault qui la rend importante, voire incomparable. Boiseries sculptées, œuvres d’art multiples, petits trésors du patrimoine accumulés au fil des ans, tout ce qu’elle renferme raconte l’histoire de celui qui fut pour St-Jean-Port-Joli à l’origine son statut de village artistique, et ce à travers d’abord le travail avec ses frères André et Jean-Julien, puis l’école de sculpture et les nombreux artisans qui en furent issus et s’établirent ensuite dans la région. Bien que beaucoup moins présente aujourd’hui, la sculpture a façonné l’âme même du village de St-Jean-Port-Joli.

Derrière sa maison, Médard avait aménagé dans ce qui était un cap rocheux couvert d’arbres une petite chapelle (on est alors au milieu du 20e siècle et le Québec est encore très catholique) où la famille allait dire la prière du soir. Et tout en bas, au bord du fleuve, dans ce qui était initialement un champ de patates, Médard a planté des arbres, qui est devenu un bocage frais et enjôleur, dans lequel il a construit avec l’aide de ses garçons, deux petits chalets et un minuscule atelier où il se réfugie quand les touristes deviennent trop présents dans son quotidien. Dans son bocage, il peut méditer devant le grand fleuve.

C’est tout cela que la Citation municipale reconnait comme bien patrimonial à préserver.

Et pour ceux et celles qui ignoraient tout de ce lieu, voici une magnifique occasion de vous enrichir et de découvrir la perle. Le samedi 16 septembre, la Société québécoise d’ethnologie organise une journée complète d’activités débutant par un hommage aux les sculpteurs toujours actifs de St-Jean-Port-Joli, suivi d’un dîner et d’une visite du domaine Médard Bourgault. Plus d’information à venir bientôt. Et pour ceux qui ne souhaitent pas nécessairement assister à l’avant midi de la Société mais voudraient bien néanmoins visiter le domaine, des portes ouvertes complètes (maison ET domaine) se tiendront en après-midi entre 13h30 et 16h30. Attention! Attendu l’escalier hors norme qui y mène, des restrictions sont à prévoir pour la visite du bocage au bord du fleuve.

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Un grand symbole s’en est allé…

19 décembre 2016 Laisser un commentaire
2016a-largeIl nous aura accompagné pendant plus de 80 ans….

 

Vendu depuis plusieurs années hors de la famille et tombé dans un abandon de plus en plus profond faute de repreneurs intéressés, l’atelier du père de la sculpture à St-Jean-Port-Joli a finalement été démoli en octobre dernier. Comble de l’ironie, ce bâtiment qui fut le berceau de ce qui définit encore ce village a cédé la place à un stationnement. Inutile de chercher des coupables, il n’y en a pas. On ne peut pas tout retenir et préserver du passé. Sans un rôle significatif, tout bâtiment est appelé à disparaître un jour, que ce soit pour faire place à une autoroute ou à rien du tout. Nous aurons au moins eu le temps de lui dire adieu.

 

medard-1-largeL’atelier fut construit en 1933 par les trois frères Bourgault, Médard, André et Jean-Julien. Ils reçoivent alors l’aide financière de leur père Magloire, ainsi que quelques bénévoles du canton pour le travail de bras. Cet atelier initial mesurait 30′ x 20′  (9 X 6 mètres), et c’est dans cet espace restreint, mais néanmoins déjà bien plus grand que le hangar (voire la cuisine de Marie-Rose durant les jours froids d’hiver), que les trois frères s’adonnent à leur travail de sculpteur sur bois. C’est là qu’ils développeront chacun leur style et affineront leur technique.

 

André y aménage bientôt un petit appartement à l’étage. En 1936, il quittera ses deux frères pour s’établir plus à l’ouest, dans le secteur dit du Port-Joli. De 1933 à 1938, leur soeur Yvonne ainsi que deux neveux (Léon et Alphonse Toussaint) travailleront aussi comme apprentis-sculpteurs sous les conseils des frères Bourgault. Seule Yvonne continuera pendant encore plusieurs années la sculpture artisanale.

 

atelier2-largeEn 1939, l’atelier s’agrandit pour l’établissement de la première école de sculpture, la première et la seule du genre dans l’est du Québec. Seize élèves s’y inscrivent. Médard et Jean-Julien en seront les professeurs et Jean-Marie Gauvreau en sera le directeur. Malheureusement l’école doit fermer à cause de la seconde guerre mondiale, mais quelques élèves continuerons à l’atelier des maîtres pendant quelques années encore. Mentionnons par exemple les noms de Paul-Émile Caron, André Dubé, Wilfrid Richard et Tréfflé Picard.

 

medard2b-largeJean-Julien quitte l’atelier à son tour vers 1948 afin d’ouvrir son propre atelier. Et Médard continue à oeuvrer dans son atelier avec ses enfants jusqu’en 1967. Vers la fin des années 40, la famille de Médard étant nombreuse, le petit appartement du 2e étage devient la « garçonnière » du fils aîné, Jean-Raymond, alors âgé de 24 ans et de retour de l’École des Beaux Arts.

 

Quelques années après la mort de son père, Jacques, fils de Médard, hérite par sa mère Marie-Rose de l’atelier ou il exercera ce même métier de sculpteur sur bois avec grand talent avec deux de ses frères, dont André-Médard, et un neveu par alliance, Martin Giasson, et ce durant quelques années.

 

Vers 2010, à la retraite de Jacques, l’atelier sera vendu au Musée des Anciens Canadiens voisin, qui le louera comme boutique de souvenirs puis tentera en vain de le revendre, Très abimé, il sera finalement détruit en octobre 2016.

 

medard-3-largeDe cet atelier sont sorties des oeuvres magistrales, marquantes pour leur époque. Médard,Jean Julien ainsi que plus tard les enfants de Médard, y auront donné leur âme et mis tout leurs coeurs dans de nombreuses pièces de différentes essences de bois, dont plusieurs chefs-d’oeuvres de la sculpture artisanale.

 

L’atelier n’est qu’un symbole du moins pour bien de gens. Mais le destin qui a été le sien n’est pas inéluctable, il n’est écrit nulle part que tout doit disparaître aussi bêtement. Par contre, que cela serve de leçon à ceux et celles qui regardent la parade passer. La maison aussi a besoin de protection active. La maison Médard Bourgault non plus n’est pas éternelle…

 

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Lendemain de lancement…

13 juin 2016 Laisser un commentaire

Le lancement du livre « La maison de mon père » a eu lieu ce samedi 11 juin à la Maison Médard Bourgault devant une quarantaine de personnes enthousiastes. Pour mémoire, quelques images de l’événement.

Merci à Nicole, notre photographe du jour.

Une visite virtuelle à la Langford Gallery de Toronto

Une galerie torontoise bien connue du milieu des arts vient de publier une courte synthèse de la vie et de l’oeuvre des « trois bérêts » (Médard, André et Jean-Julien) sur son site web. Elle y présente également quelques oeuvres disponibles à l’achat de chacun de ces sculpteurs fondateurs.

Du même souffle on y trouve aussi des noms bien connus de la région de St-jean-Port-Joli: Marcel Guay, Paul-Émile Caron, Godro, Robert Roy, Roger Bourgault, etc. Le tout se retrouve dans la catégorie Folk Art (arts populaires). Certaines pièces sont (ou semblent) anonymes, ce qui est assez fréquent dans cette catégorie de production artistique.

https://langfordgallery.com/collections/vintage-quebecois-folk-art

Une pièce de Médard est présente dans leur collection, soit un « Jésus portant un agneau » datant de 1946. La grande expressivité des traits du visage magnifiquement ciselé révèle le niveau de virtuosité technique que Médard avait atteint à cette époque.

https://langfordgallery.com/collections/vintage-quebecois-folk-art/products/medard-bourgault-jesus-carrying-lamb

Les prix varient évidemment selon les oeuvres et les artistes, à partir de 4600$ pour un crucifix de 130cm de Jean-Julien Bourgault.

Large Christ on a Cross by Jean-Julien Bourgault

Toutes ces oeuvres sont en très bonne compagnie car Langford offre aussi une très belle collection de pièces provenant des quatre coins du monde, de différentes époques et de différentes matières.

Lancement du livre « La maison de mon père »

Vous êtes cordialement invités au lancement du livre La maison de mon père le samedi 11 juin prochain, de 14h à 17h, au 322 de Gaspé ouest à St-Jean-Port-Joli.

Vous pourrez y rencontrer les auteurs André-Médard Bourgault (textes) et François Gauthier (photos), de même que l’auteur de la préface, Michel Lessard, éminent historien.

L’ouvrage abondamment illustré décrit en détails les quelque 250 œuvres que contient la maison de l’artiste Médard Bourgault qu’habite encore aujourd’hui son plus jeune fils André-Médard. Comme le présente monsieur Gauthier sur sa page Facebook, « c’est à la fois un catalogue illustré et un rappel truffé d’anecdotes de l’âge d’or de la sculpture sur bois sur la Côte-du-Sud du Saint-Laurent. »

Le prix du livre La maison de mon père est fixé à 44.95$ en cette occasion et sera par la suite vendu à 49.95$

Il y aura cocktail et léger goûter sur place lors de ce lancement. Et vous pourrez voir de vos yeux la grande majorité des oeuvres illustrées dans cet ouvrage…

Pour nous donner une idée du nombre de participants, il serait bien de nous signifier votre présence.

Sur l’évaluation d’oeuvres

20 avril 2016 Laisser un commentaire

Vous êtes nombreux à nous écrire pour nous demander d’évaluer des oeuvres sculptées par Médard Bourgault, ou qui pourraient l’être, voire même par d’autres sculpteurs. Souvent il s’agit de pièces acquises il y a plusieurs dizaines d’années par des parents ou des amis.

Bien qu’une telle évaluation soit possible, il faut bien comprendre que la Maison Médard Bourgault ne peut offrir des services professionnels en ce domaine car nous n’en avons pas l’expertise. Le marché de l’art est très complexe et dépend principalement de caractéristiques sociologiques difficilement controlables, etc.

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Voice of fire, Barnett Newmann, 1967. Coll. National galery of Canada

Soyons honnête! Nous ne sommes pas compétent dans ce genre d’évaluation. Ce n’est pas notre tasse de thé. Ce que nous pouvons faire, par contre, c’est vous confirmer, au meilleur de notre connaissance, si l’oeuvre que vous détenez est bien de Médard Bourgault (ou d’un proche) et, si vous tenez à obtenir aussi une estimation de sa valeur monétaire, nous pourrons tenter de voir combien la production d’une pièce à peu près semblable vous coûterait aujourtd’hui. Ce ne sera donc jamais qu’une évaluation technique de l’oeuvre en tant qu’objet, pas une évaluation de la valeur marchande d’une oeuvre d’art.

La qualité technique d’une pièce a bien peu à voir avec la valeur monétaire qu’on lui attribue. Par exemple, le peintre américain Barnett Newman (1905-1970) a peint des tableaux quasiment monochromes, mais qui valent des millions de dollars, et ce même si ces toiles auraient techniquement pu être réalisées à l’aide d’un rouleau jetable et d’un litre de peinture disponible au quincaillier du coin.

C’est la réputation de Newman, sa démarche intellectuelle, son réseau d’amis et de riches commanditaires, son prestige dans l’univers artistique new-yorkais, perçu au courant des années 40 et 50 comme le centre culturel du monde occidental, qui l’ont hissé, lui et ses oeuvres, à son niveau de reconnaissance actuel, à savoir qu’il est présent dans les plus grands musées du monde, et que ses toiles ornent les résidences des 1%.

Médard Bourgault a aussi, en son temps, dans son contexte et à son échelle, joui d’une telle visibilité médiatique dans les années 40 et 50, mais cette réputation artistique s’appuyait principalement sur le support moral et l’influence sociale du clergé, qui jouait ici le rôle des millionaires et des galeristes new-yorkais de Newman. Comme le clergé n’est plus depuis longtemps une force déterminante de la société québécoise contemporaine, la « valeur » de Médard Bourgault dans le marché de l’art est donc difficile à établir. Pour y parvenir, il faudrait se fonder sur la valeur de pièces similaires ou comparables ayant été vendues récemment, ce que seul un marchand d’art serait en mesure d’établir de façon professionnelle et suffisamment fiable.

Or nous ne sommes pas des marchands d’art. Nous sommes bien sûr toujours heureux que vous nous écriviez, mais ce que nous saurons vous dire ne sera jamais qu’une estimation des coûts de production aujourd’hui d’une pièce similaire.

 

La maison de mon père (nouveau livre)

11 avril 2016 Laisser un commentaire

Si vous cherchez un cadeau original à offrir à un amateur d’art et plus particulièrement de sculpture, c’est ce livre que vous devez offrir. Il s’intitule « La maison de mon père ».

Il a été écrit par André-Médard Bourgault, le fils du premier sculpteur sur bois de Saint-Jean-Port-Joli, Médard Bourgault (1897-1967). Les magnifiques photographies sont de François Gauthier.

L’ouvrage de 178 pages, illustré de 265 photos, décrit en détails les quelque 250 œuvres que contient la maison de l’artiste. C’est à la fois un catalogue illustré et un rappel truffé d’anecdotes de l’âge d’or de la sculpture sur bois sur la Côte-du-Sud du Saint-Laurent.

L’ouvrage est en vente à la Maison Médard Bourgault, 322 De Gaspé O., St-Jean-Port-Joli, Qc. au coût de 49,95$ (45$ / membre).